Le hotu (Chondrostoma nasus)
Le hotu est un cyprinidé des rivières courantes, reconnaissable à son museau proéminent et à sa bouche placée sous la tête. Il est totalement inoffensif pour l’homme, et les pêcheurs au coup le croisent surtout en bancs serrés sur les radiers. Sa réputation de pilleur de frayères lui colle à la peau, alors que les études récentes racontent une histoire plus nuancée.

Nom scientifique :
Chondrostoma nasus ; famille des cyprinidés.
Autres noms recensés par le référentiel national TAXREF :
nase commun, nase, alonge, âme noire, aucon, chiffe, écrivain, fera, muge, mulet, nez, seuffre, tunar.
Attention à deux confusions fréquentes. « Sofie » et « soiffe » désignent le toxostome (Parachondrostoma toxostoma), un cousin du sud de la France, et non le hotu. Quant à « aubour », c’est un nom de vandoise, pas de hotu : la fiche de la vandoise détaille cette espèce.
Reconnaître le hotu : caractéristiques physiques

Le hotu possède un corps fuselé, couvert d’écailles argentées aux reflets métalliques, avec des nageoires inférieures teintées de rose orangé. Le signe qui ne trompe pas, c’est la tête : un museau large et saillant et une bouche nettement infère, à lèvre inférieure cornée et tranchante. Elle lui sert à racler les pierres.
Taille et poids du hotu
D’après FishBase, la taille courante d’un hotu adulte tourne autour de 25 cm, pour un maximum documenté de 50 cm. Le poids maximal publié est de 1,5 kg et l’âge maximal rapporté de 15 ans. Un poisson de plus d’un kilo est donc déjà un beau sujet, pas la norme.
Le hotu est-il dangereux ?
Pour l’homme, non. Le hotu ne mord pas, ne pique pas, n’est pas venimeux : FishBase le classe « harmless », sans danger. Ses lèvres coupantes sont faites pour gratter les algues, pas pour blesser une main.
Pour l’écosystème, la réponse dépend du bassin. Dans le bassin du Rhône (Ardèche, Durance), le hotu s’hybride avec le toxostome, espèce endémique classée quasi menacée en France. Une étude de 2015 portant sur 2 256 poissons de 16 populations n’a pas constaté de moindre performance du toxostome là où les deux espèces se mélangent, et a jugé faible le risque d’absorption génétique dans les secteurs étudiés, tout en recommandant un suivi. Quant au pillage des frayères, il ne colle pas avec son régime : adulte, il mange surtout des diatomées et des débris raclés sur le fond.
Le hotu en 2026 : un « envahisseur » devenu fragile
L’aire naturelle du hotu couvre les bassins du Danube, du Dniepr, du sud de la Baltique et du sud de la mer du Nord, jusqu’à la Meuse vers l’ouest. Il n’est donc pas originaire du seul Danube : côté français, il est indigène dans les bassins du Rhin et de la Meuse. Il a gagné le reste du réseau vers 1860 depuis le Rhin, par les canaux du Nord-Est, puis s’est étendu à la Seine, à la Loire et au Rhône en une quarantaine d’années, selon l’étude de Nelva publiée en 1997. Il n’a pas pour autant « envahi toutes les rivières d’Europe de l’Ouest » : les populations introduites signalées concernent la Seine, la Loire, le Rhône et l’Hérault en France, et la Soča entre l’Italie et la Slovénie.
La même étude rappelle que des pêches d’extermination ont été autorisées pendant plusieurs dizaines d’années sur des frayères partagées avec l’ombre, et que leur inutilité a été démontrée. Elle décrivait déjà une espèce en nette régression, sensible à la pollution et surtout aux aménagements qui détruisent ses habitats.
Ce recul se lit aujourd’hui dans les statuts. Dans la liste rouge des poissons d’eau douce de France métropolitaine (UICN France, MNHN, 2019), le hotu est classé en préoccupation mineure, alors que le toxostome est quasi menacé. À l’échelle mondiale, il est passé en « quasi menacé » lors de l’évaluation UICN de 2023.
Chez nos voisins, le constat est plus sévère : le canton de Fribourg indique que le nase figure sur la liste rouge avec un statut de « menacé d’extinction ». En cause : les barrages qui coupent ses migrations de frai, une eau qui, dans la Petite Sarine, ne chauffe plus assez pour ses œufs, et les algues filamenteuses qui remplacent les diatomées dont il se nourrit.
Côté réglementation française, le code de l’environnement ne lui fixe pas de taille minimale de capture nationale : l’article R436-18 vise d’autres espèces comme le brochet, le sandre, l’ombre ou les truites. Les règles générales de la pêche s’appliquent (carte, catégorie du cours d’eau, périodes d’ouverture), et l’arrêté préfectoral de votre département ou le règlement de votre AAPPMA peut ajouter des mesures locales. Vérifiez-les avant de garder un poisson.
Reproduction
Le hotu fraie au printemps. Les adultes remontent parfois plusieurs dizaines de kilomètres, souvent jusque dans les affluents, pour pondre en eau vive sur des graviers peu profonds. Les femelles ne fraient qu’une fois par an et, dans certaines populations, la ponte se joue en 3 à 5 jours. C’est à ce moment qu’on observe les grandes concentrations qui ont tant nourri sa mauvaise réputation.
Habitat
Son habitat de prédilection est la zone à barbeau : rivières moyennes à grandes, courant modéré à rapide, fond de galets ou de graviers.
Les adultes aiment les veines peu profondes et rapides, notamment les remous autour des piles de pont et des gros blocs. Il remonte aussi sur certaines zones à truite, et les pêcheurs au toc en prennent régulièrement par accident. Il partage souvent ces postes avec le barbeau.
Comportement et nourriture
Le hotu est très grégaire et vit en bancs compacts. En eau claire et peu profonde, on le repère aux éclairs argentés de ses flancs quand il se couche pour racler les pierres. Les larves et les jeunes mangent de petits invertébrés ; les adultes se nourrissent surtout de diatomées et de détritus pris sur le fond, ce qui explique la forme si particulière de sa bouche.

Le hotu est-il comestible ?
Oui, il n’est pas toxique, mais sa chair est farcie de petites arêtes, comme celle de beaucoup de cyprinidés. Peu de pêcheurs le gardent pour la table : son vrai intérêt reste sportif.
Comment pêcher le hotu
Méfiant et très versatile, ce poisson peut être déroutant. Il se laisse prendre en série pendant un moment, puis refuse obstinément tout ce qu’on lui présente, parfois le lendemain, parfois quelques heures plus tard.
On le pêche à la ligne flottante, avec une canne simple de 5 ou 6 mètres, ou à l’anglaise et à la bolognaise, en longue coulée, pour suivre la veine d’eau. Les esches sont variées : vers de vase, vers de terreau, asticots, blé, mousse.
La touche est lente et profonde. Laissez-la se développer avant le ferrage : la défense qui suit est vive, même si elle est assez courte.
Le matériel pour tenter le hotu
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Voir la canne DAM Nova Bolo sur AmazonQuestions fréquentes sur le hotu
Quel est l’autre nom du hotu ?
Son nom international est nase (ou nase commun). En France, le référentiel TAXREF recense aussi alonge, âme noire, chiffe, mulet, nez ou seuffre selon les régions.
Le hotu est-il nuisible ?
Il est introduit dans plusieurs bassins français et s’hybride avec le toxostome dans les affluents du Rhône, mais une étude de 2015 a jugé faible le risque pour cette espèce locale dans les secteurs étudiés, tout en recommandant un suivi. Il ne présente aucun danger pour l’homme et il est lui-même en recul en Europe.
Quelle est la taille maximale du hotu ?
50 cm pour 1,5 kg d’après les données publiées ; un adulte courant mesure environ 25 cm.
Dans votre rivière, le hotu se montre-t-il encore en bancs au moment du frai, ou l’avez-vous vu disparaître de radiers où il était commun ?
fraxino · 22/12/2019 à 22:54
Grosse erreur sur ce poisson !
Non, le hotu ne mange pas les oeufs des autres poissons ni les alevins, c’est une vielle croyance de pécheurs que l’on sait aujourd’hui erronée. (Beaucoup de poissons ont été accusés de ce crime à tort et à travers, car à une certaine époque, tout poisson qui n’avait pas de valeur gustative ou commerciale devait être éliminé pour laisser place aux poissons désirés, et quand on veut éliminer un poisson, la tradition est de l’accuser de détruire les frais des autres poissons… le cas le plus caricatural car le plus faux est justement le hotu.)
Et pour cause, le hotu est les seul poisson de l’ichtyofaune française presque essentiellement végétarien ! C’est ce qui explique sa grande abondance par rapport aux autres poissons dans les milieux qu’il fréquente. Sa niche écologique ? Il utilise sa bouche suceuse en forme de bec pour racler les pierres et les galets du fond des rivières (et aussi les piles des ponts) pour consommer les micro-algues filamenteuses qui les recouvrent. C’est là sa principale ressource ! Il est aussi capable de sucer les petits mollusques à coquilles (gastéropodes et petits bivalves, surtout la moule zébrée, qui recouvrent ces mêmes galets), ce qui constitue presque sa seule nourriture animale. C’est ce régime qui explique qu’il est très difficile à pêcher même là où il est très abondant. On le prend le plus souvent par le dos ou une nageoire.
Ce poisson à deux qualités écologiques essentielles:
– La nourriture qu’il consomme est consommée presque exclusivement par lui, sa niche écologique est donc très spécifique. Il ne prend pas du tout la place des autres poissons mais s’ajoute à eux. Là où il y a du hotu, il y a globalement plus de poisson dans le milieu en biomasse car les autres espèces de poissons, qui ne consomment pas sa ressource, sont aussi abondantes avec ou sans hotu dans le milieu. La seule exception à cette règle est le toxostome du sud de la France, un poisson très apparenté au hotu, plus petit, qui occupe à peu près la même niche écologique et est donc en concurrence avec le hotu là où ce dernier est introduit. Mais dans les bassins fluviaux des deux tiers nord de la France où le toxostome n’est pas présent, le hotu est bien le seul à occuper sa niche écologique. Mais on a récemment remarqué que les niches écologiques du hotu et du toxostome ne sont pas identiques, et que ce dernier n’est donc finalement pas menacé là où le hotu a été introduit contrairement à ce que les scientifiques craignaient au début.
– C’est donc un poisson fourrage d’une grande utilité (là où il n’y a pas de chondrostome), une manne supplémentaire et très abondante qui s’ajoute aux autres poissons blancs, pour nourrir les brochets dont il peut augmenter l’abondance, mais aussi pour détourner les cormorans qui s’attaquent aux denses bancs de hotus en laissant un peu tranquilles les autres poissons. Il nourrit aussi le silure, et effectivement le huchon en Europe de l’Est.
Le hotu est un ancien mal aimé des pécheurs : il n’est pas bon à manger, et il est difficile à attraper malgré qu’il soit visible en abondance dans les cours d’eau transparents, il est donc frustrant. C’est ce qui explique toutes les accusations mensongères à son sujet, aujourd’hui surannés.
Bien cordialement 🙂
Apprendre à pêcher · 23/12/2019 à 11:34
Un grand merci pour votre commentaire et toutes ces informations sur le hotu ! Nous avons à cœur le partage du savoir sur les poissons d’eau douce en général et nous accueillons avec joie tout ce qui vient compléter nos connaissances !
Si vous pouviez nous donner vos sources qui semblent bien plus récentes que les nôtres, nous vous en serions très reconnaissant et cela nous permettrait d’éviter ce genre d’erreur sur d’autres articles ^^
Pêcheur d'hotu · 02/09/2023 à 17:03
Étant devenu un expert en pêche d’hotu, je peux affirmer que ce poisson ne mort ni au asticots, ni au vers en passant par les petites crevettes ou à la mouche/nymphe..
Ce poisson ne s’attrape qu’avec des algues vertes qui poussent sur les barrages, hameçon noire taille 7 ou 8 en fonction de leur méfiance..
Et si l’algue n’est plus bonne impossible d’avoir une touche.. s’il voit votre hameçon ou vos plombs c’est pareil il ne mord pas.. un poisson très exigeant !
Ayant ouvert leur estomac j’affirme qu’il n’a que des algues dans le ventre.. pas un gramme d’oeuf de poisson 😅
On reconnaît se poisson par son banc en général plus d’une vingtaine de spécimen, et par leur façon de racler le fond en mettant sur leur flanc. Pour les trouver c’est simple là où il y a du courant des galets et beaucoup d’algues vertes!
Cordialement.
fraxino · 09/07/2020 à 10:43
Je répond tard mais je répond quand même 🙂
Voici un document scientifique en français sur le hotu, que j’avais lu il y a quelques années sur papier et que je retrouve sur le net.
https://www.kmae-journal.org/articles/kmae/pdf/1997/01/kmae199734434522.pdf
Il y eu aussi pas mal d’études sur ce poisson en Allemagne et en Europe de l’Est, mais je ne maitrise pas l’allemand.
Apprendre à pêcher · 08/09/2020 à 17:03
Merciiiii =)
Olivier · 04/09/2021 à 20:19
Le hotu se peche à la petite cuiller.
J’en ai fait un comme cela aujourd’hui.
J’ai une question: Pourquoi les hotus sautent s’ils assez souvent hors de l’eau?
J’avais cru à une frénésie de perche…
Jean · 01/10/2023 à 12:43
Bonjour, merci pour vos échanges, c’est passionnant